Coiffeuse en EHPAD : combien reverser, comment te faire payer, et fixer tes tarifs sans te tromper

Coiffeuse à domicile préparant son kit de coiffure sur un chariot dans une chambre d'EHPAD

« Pour ceux qui travaillent ponctuellement en EHPAD, combien vous reversez mensuellement à l’établissement ? On me demande 80 euros mensuel, soit 20 par semaine. »

Cette question, postée un jeudi de juillet dans le groupe, a réuni plus de 90 réponses en quelques jours : le fil le plus commenté du mois.

Et les réponses ne se ressemblent pas. Certaines ne reversent rien, d’autres jusqu’à 20 % de leur chiffre d’affaires, d’autres encore un forfait fixe qui n’a aucun rapport avec les précédentes.

Si tu interviens déjà en EHPAD, ou si tu y penses parce qu’un complément de revenu stable t’attire, tu as sûrement les mêmes questions sans jamais trouver de réponse claire quelque part.

Cet article rassemble ce que le terrain sait déjà : combien reverser (et pourquoi ça varie autant), comment fixer tes tarifs, comment te faire payer, et ce que dit vraiment la réglementation sur le local mis à disposition.

Dans cet article…

  • ◉ Il n’existe aucun barème légal fixant ce qu’une coiffeuse doit reverser à un EHPAD : dans le groupe, les réponses vont de 0 % à 20 % du chiffre d’affaires.
  • ◉ Un EHPAD public a parfaitement le droit de te demander une redevance. Contrairement à une idée reçue qui circule, ce n’est pas réservé au privé.
  • ◉ Trois modèles coexistent sur le terrain : pourcentage du CA, forfait fixe, ou gratuit contre un salon mis à disposition.
  • ◉ Travailler dans un local dédié à l’EHPAD demande le BP, un diplôme équivalent, ou 3 ans d’expérience. Aller en chambre reste au régime du CAP.
  • ◉ Tes tarifs en EHPAD ne doivent pas être bradés.
  • ◉ Le paiement passe souvent par un tuteur ou la famille, en virement.

Une question toute simple, 90 réponses toutes différentes

Dans le fil qui a lancé cet article, l’autrice expliquait qu’on lui demandait 20 euros par semaine, soit environ 80 euros par mois, pour une journée d’intervention hebdomadaire. Elle ajustait ses tarifs en conséquence.

En dessous de son message, une cascade de situations toutes différentes.

Plusieurs coiffeuses du groupe ne reversent rien du tout : « Je ne reverse rien, c’est un plus pour l’établissement », résume l’une d’elles. D’autres versent entre 5 % et 13 % de leur chiffre d’affaires.

Une autre témoigne : « J’y vais une fois par semaine pour 8 à 12 personnes et je verse un loyer de 100 euros. » Une autre encore ne paie que 3 euros la demi-journée.

Ce qui frappe, ce n’est pas l’écart en lui-même. C’est que personne dans le fil ne remet en cause la légitimité de la demande de l’établissement, mais tout le monde cherche un repère qui n’existe pas.

Une coiffeuse résume bien la confusion ambiante : « En principe, ils doivent vous faire un contrat avec le taux de pourcentage qui vous prennent », pense-t-on dans un commentaire.

D’autres n’ont signé aucun papier et ne reversent rien depuis des années. Une coiffeuse a même signé une convention qui prévoit explicitement zéro reversement.

Autrement dit : le flou n’est pas un oubli, c’est la norme.

Pourquoi il n’existe aucun barème (et une idée reçue à corriger)

Il n’y a pas de texte qui fixe un pourcentage ou un forfait applicable aux coiffeuses intervenant en EHPAD.

Le modèle le plus proche documenté est celui des professionnels de santé libéraux (kinésithérapeutes notamment) qui interviennent en établissement : leur intervention passe par une convention négociée directement avec l’établissement, pas par un barème national.

C’est exactement ce qu’on retrouve dans le groupe : chaque coiffeuse négocie avec « son » EHPAD, et le résultat dépend de l’établissement, pas d’une règle qui s’appliquerait à tout le monde.

🚨 Idée reçue / réalité
Dans le fil, une coiffeuse affirmait : « Si c’est un établissement public, 0 euro, car ils ne peuvent pas demander d’argent, sinon cela va directement dans les caisses de l’État. »

Deux autres coiffeuses du même fil la contredisent directement : « Bonsoir, établissement public, 10 % », écrit l’une. « Un privé me demande rien, un public 12 % », précise une autre.

Et elles ont raison : selon l’article L2125-1 du Code général de la propriété des personnes publiques, toute occupation ou utilisation du domaine public, donc les locaux d’un EHPAD public, donne au contraire lieu au paiement d’une redevance. C’est l’inverse de l’idée reçue.

Concrètement, ça veut dire une chose simple : si un établissement, public ou privé, te demande un reversement, ce n’est pas un abus. Et si un autre ne te demande rien, ce n’est pas non plus la norme dont tu peux te prévaloir ailleurs. Chaque situation se négocie au cas par cas.

Les 3 modèles de rémunération que le terrain t’apprend

En croisant les réponses du groupe, trois grands modèles reviennent.

Une coiffeuse les résume bien à elle seule : « Moi j’ai une 10 % du chiffre d’affaire, une autre rien, et une autre c’est 15 euros la location du salon l’après-midi. C’est relatif, chacun fait encore ce qu’il veut. »

Le pourcentage du chiffre d’affaires

C’est le modèle le plus fréquent chez celles qui reversent quelque chose. Les montants observés vont de 5 % à 20 %, avec une majorité entre 8 % et 13 %.

Certains établissements incluent une contrepartie dans ce pourcentage : fourniture des serviettes, électricité et eau, ou mise à disposition d’un salon équipé. D’autres le prélèvent sans rien fournir en échange, simplement pour l’accès aux résidents.

Le forfait fixe

Deuxième modèle : un montant fixe, indépendant du nombre de prestations réalisées.

On trouve des forfaits à la prestation (2,50 à 4 euros par client coiffé), à la demi-journée (3 euros), ou au mois (de 50 à 100 euros selon le volume de résidents et la fréquence des visites).

Ce modèle a un avantage : tu sais exactement combien ça te coûte avant même de commencer ta journée.

Le « salon à disposition » gratuit

Troisième cas de figure, et le plus fréquent dans les témoignages : rien n’est demandé, en échange d’un accès régulier à un vivier de clientes fidèles et d’un salon mis à disposition sur place.

Une coiffeuse raconte : « J’y vais toutes les semaines pour 2 ou 3 personnes et on me laisse disposer du salon sans contrepartie. » Plusieurs coiffeuses interviennent ainsi depuis 17, 20, voire 30 ans dans le même établissement sans qu’aucune contrepartie financière n’ait jamais été évoquée.

Un point de vigilance à connaître avant de dire oui : intervenir dans un local dédié au sein d’un EHPAD (le fameux « salon à disposition ») relève du même régime que la coiffure en salon, pas de la coiffure à domicile.

Ça veut dire qu’il te faut le BP, un brevet de maîtrise, un diplôme équivalent, ou à défaut 3 ans d’expérience professionnelle vérifiable. Si tu n’as que ton CAP et moins de 3 ans d’expérience, tu restes dans le cadre légal en allant coiffer directement en chambre, mais pas dans un local dédié.

Un point à vérifier aussi avec ton assureur : une intervention hors du cadre de ta qualification peut créer un trou de garantie en cas de sinistre.

↳ Aucun de ces trois modèles n’est « le bon ». Le seul repère utile : demander clairement, avant de commencer, ce que l’établissement attend, vérifier ta qualification par rapport au lieu d’intervention, et mettre le tout par écrit.

Fixer tes tarifs en EHPAD sans te sous-évaluer

La question qui revient presque autant que celle du reversement : quels tarifs pratiquer une fois sur place ?

Le réflexe de beaucoup de coiffeuses qui démarrent en EHPAD, c’est de baisser leurs prix « parce que c’est une maison de retraite ». Le terrain dit l’inverse.

Une coiffeuse conseille sans détour : « Regardez les prix des salons autour de vous et faites une moyenne. Ce n’est pas parce qu’on est à domicile que ça doit être moins cher. »

Une autre, coiffeuse depuis plus de 40 ans, ajoute : « Sur ma grille de tarifs, j’ai mis « à partir de ». Pour moi c’est au cas par cas, ça dépend de la pathologie des clients, du temps passé, du déplacement, du nombre de clients. Ne pas sous-estimer nos compétences. »

Les repères de tarifs qui reviennent dans le groupe, à titre indicatif : shampooing + brushing autour de 18-20 euros, shampooing + coupe + coiffage autour de 25 euros, un forfait couleur complet avec coupe et brushing entre 50 et 65 euros, et un forfait homme autour de 18 euros.

Ces montants ne sont pas une norme, mais un point de départ à comparer aussi aux salons de ton secteur, pas seulement aux autres coiffeuses à domicile.

Si ton chiffre d’affaires dépasse le seuil, le versement libératoire peut aussi changer la donne sur ce que tu gardes réellement.

Un dernier repère utile : certains établissements ajoutent eux-mêmes un pourcentage sur la facture du résident plutôt que de te prélever une commission. Tu es alors payée en une fois, à tes tarifs habituels.

Te faire payer et formaliser la relation avec l’établissement

Contrairement à une intervention classique à domicile, le paiement en EHPAD passe rarement de main à main. Beaucoup de résidents ne sont plus en capacité de régler eux-mêmes leurs prestations.

Une coiffeuse qui intervient en EHPAD depuis 6 ans donne la marche à suivre : « Pour les paiements, demandez directement des virements, c’est beaucoup plus simple. Vous allez avoir affaire à beaucoup de tuteurs, donc il faudra donner votre RIB. »

Le conseil qui revient le plus dans le groupe : donner ton RIB dès le départ et proposer systématiquement le virement plutôt que d’attendre un règlement en espèces qui peut traîner.

Deuxième réflexe utile, même quand l’établissement ne demande rien : formaliser la relation par écrit, ne serait-ce qu’un courrier ou une convention simple qui précise ta fréquence de venue, ce que tu factures, et ce que l’établissement met à disposition.

Ce papier ne coûte rien, mais il évite qu’un changement de direction ne remette tout en question du jour au lendemain.

Enfin, sur l’entrée en EHPAD elle-même, l’accès n’est pas toujours simple. Une coiffeuse en réflexion demandait dans le groupe : « Comment faites-vous pour travailler dans un EHPAD ou une maison de retraite ? J’ai envoyé CV et lettre de motivation, aucune réponse. Est-ce que je dois prendre rendez-vous avec le responsable de la résidence ? »

Plusieurs coiffeuses confirment qu’une visite directe pour rencontrer la ou le responsable débloque plus souvent la situation qu’un CV envoyé sans suite. Le bouche-à-oreille entre EHPAD d’un même secteur joue aussi beaucoup une fois que tu es en place quelque part.

Pour aller plus loin

Il n’y a pas de bonne réponse universelle à « combien je dois reverser », seulement des repères pour ne plus négocier à l’aveugle.

Retiens surtout ça : que ton établissement te demande 0 % ou 20 %, ce n’est ni un abus, ni un cadeau. C’est une négociation locale que tu as le droit de challenger, à condition de savoir ce qui se pratique ailleurs, et de vérifier que ta qualification correspond bien au lieu où tu interviens.

💬 Si tu interviens déjà en EHPAD (ou si tu y penses), viens comparer ta situation avec d’autres coiffeuses qui vivent exactement ça. ❤️

EHPAD et coiffure à domicile : ce qu’on te demande le plus souvent

Dois-je signer un contrat avec l’EHPAD même si je ne reverse rien ?

Ce n’est pas obligatoire dans tous les cas, mais c’est fortement recommandé. Une convention écrite, même simple, protège les deux parties : elle évite qu’un changement de direction ou d’équipe remette en cause un accord oral. Plusieurs coiffeuses du groupe ont ainsi formalisé par écrit une absence de reversement, justement pour sécuriser cette situation dans la durée.

Un EHPAD public peut-il légalement me demander une commission ?

Oui. Selon l’article L2125-1 du Code général de la propriété des personnes publiques, toute occupation du domaine public, y compris les locaux d’un EHPAD public, donne lieu au paiement d’une redevance. Un établissement public a donc parfaitement le droit de te demander une contrepartie, au même titre qu’un établissement privé.

Comment se passe le paiement si le résident ne peut pas régler lui-même ?

Le règlement passe le plus souvent par un tuteur ou un membre de la famille, généralement par virement. Le plus simple est de communiquer ton RIB dès le début de ton intervention et de proposer le virement comme mode de paiement par défaut.

Dois-je facturer différemment si c’est l’EHPAD qui me paie directement ?

Si l’établissement centralise les paiements et te règle en une fois plutôt que chaque résident individuellement, ta facturation change de destinataire : tu factures alors l’EHPAD plutôt que chaque particulier. Vérifie ce point avec l’établissement dès le départ pour adapter ton mode de facturation en conséquence.

Faut-il le BP pour coiffer dans le local d’un EHPAD ?

Ça dépend d’où tu interviens. Coiffer en chambre, sans installation fixe, reste au régime de la coiffure à domicile : le CAP suffit. Coiffer dans un local dédié mis à disposition par l’établissement relève du régime de la coiffure en salon : il faut le BP, un brevet de maîtrise, un diplôme équivalent, ou à défaut 3 ans d’expérience professionnelle vérifiable. Vérifie aussi avec ton assureur que ta RC pro couvre bien ce cadre précis.

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