Salon de coiffure en difficulté : comment savoir où vous en êtes vraiment

Coiffeuse debout à son poste de salon, la main posée sur une pile de courriers marqués d'un cachet de retard

Un planning plein peut rassurer. Mais il ne dit pas combien il vous reste une fois le loyer, les charges, les cotisations et votre propre rémunération payés.

Beaucoup de gérantes découvrent que leur salon de coiffure est en difficulté alors que les clientes sont toujours là et que les journées restent bien remplies. Le premier signal apparaît souvent ailleurs : la trésorerie baisse, les paiements sont décalés ou la gérante finit par moins se payer.

Une difficulté financière ne dit rien de votre valeur comme coiffeuse. Elle indique qu’il faut regarder ce que votre salon produit réellement, ce qu’il coûte et ce qu’il vous laisse à la fin du mois.

Dans cet article : l’essentiel en 4 réponses

Les signes qu’un salon de coiffure est en difficulté

Un salon peut continuer à tourner tout en devenant de plus en plus fragile.

Les premiers signes se voient souvent moins dans l’agenda que dans la trésorerie.

Soyez attentive si :

  • la trésorerie ne se reconstitue plus après un mois d’activité normal ;
  • les délais de paiement des fournisseurs s’allongent ;
  • vous repoussez certaines cotisations pour payer d’autres échéances ;
  • vous utilisez régulièrement votre épargne personnelle pour financer le salon ;
  • une réparation, une taxe ou une facture imprévue suffit à déséquilibrer le mois.

Un seul de ces signes ne condamne pas votre salon. Leur répétition pendant plusieurs mois mérite en revanche un vrai diagnostic.

Les heures que votre salon ne vous paie pas

C’est souvent le signe que les gérantes voient le plus tard.

Votre salon peut continuer à fonctionner tout en vous payant de moins en moins. Les clientes viennent, les rendez-vous s’enchaînent, les factures partent. De l’extérieur, l’activité paraît normale.

Mais votre propre travail peut servir à absorber ce que le salon n’arrive plus à financer.

Faites un exercice simple.

Imaginez que vous deviez embaucher demain une coiffeuse pour reprendre exactement vos heures au fauteuil.

Combien faudrait-il la payer ?

Comparez ce montant à ce que votre salon vous laisse réellement chaque mois.

Si l’écart est important, posez-vous la question franchement :

Votre salon est-il rentable, ou tient-il parce que vous acceptez d’y travailler pour moins que le salaire correspondant à vos heures ?

Un salon qui paie toutes ses factures mais ne paie plus correctement sa dirigeante n’est pas forcément rentable.

Et si vous deviez réellement payer une autre personne pour toutes ces heures, le salon resterait-il à l’équilibre ?

Cette question permet souvent de voir ce que l’agenda masque.

Pourquoi un salon peut être en difficulté, même bien tenu

Les difficultés financières d’un salon de coiffure ne viennent pas forcément d’un manque de travail ou d’une mauvaise gestion.

Un salon supporte des charges fixes importantes :

  • le loyer et les charges du local ;
  • l’entretien et le remplacement des fauteuils, bacs et autres équipements fixes ;
  • les assurances liées au local et à l’accueil du public ;
  • les remboursements de prêts contractés au fil des années, dont parfois des prêts garantis par l’État pendant la crise sanitaire ;
  • les salaires et charges liés à une éventuelle équipe.

Certaines évolutions peuvent aussi peser sur l’activité : des clientes qui espacent leurs rendez-vous pour réduire leurs dépenses, des habitudes qui changent ou une concurrence plus large entre salons, barbershops et coiffure à domicile.

Votre salon peut donc être bien tenu, avoir une clientèle fidèle et malgré tout rester financièrement fragile.

Le problème est parfois simplement économique : le salon coûte trop cher chaque mois par rapport à ce qu’il génère.

Les trois stades de la difficulté et ce qui reste possible à chaque stade

Toutes les situations ne demandent pas la même réaction.

Identifier votre stade vous aide à savoir ce qui doit être fait maintenant, avant que certains choix deviennent plus difficiles.

Stade Ce qui le caractérise Ce qui reste possible Votre question maintenant
Tension passagère Un ou deux mois difficiles liés à une cause identifiable : saison basse, imprévu, dépense exceptionnelle. La trésorerie se reconstitue ensuite. Revoir certaines charges, travailler les tarifs ou corriger la cause identifiée. Qu’est-ce qui explique précisément ces mauvais mois ?
Difficulté installée Plusieurs mois de trésorerie tendue, des retards de paiement qui reviennent et parfois de l’épargne personnelle utilisée pour tenir. Échanger avec les créanciers, se renseigner sur un mandat ad hoc ou une conciliation auprès du tribunal de commerce, ou étudier un autre fonctionnement. Combien de mois pouvez-vous encore tenir si rien ne change ?
Cessation des paiements Les factures arrivées à échéance sont là, mais l’argent disponible pour les régler ne suffit plus. Juridiquement, le passif exigible dépasse l’actif disponible. Une déclaration au tribunal doit être faite dans le délai prévu par la loi. Selon la situation, un redressement judiciaire ou une liquidation judiciaire peut suivre. Quelles démarches devez-vous engager dès maintenant ?

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Une tension passagère peut parfois être corrigée sans décision lourde.

Une difficulté installée demande d’agir plus vite, car les marges de manœuvre diminuent avec le temps.

La cessation des paiements entre dans un cadre légal précis. Si vous pensez être dans cette situation, faites vérifier votre position sans attendre par votre expert-comptable, un avocat ou le tribunal compétent.

Les chiffres à poser avant de décider quoi que ce soit

Avant de chercher une solution, quatre questions méritent une réponse chiffrée.

1. Combien vous reste-t-il réellement chaque mois ?
Calculez ce qu’il reste après toutes les charges, en intégrant aussi une rémunération cohérente pour votre propre travail.

2. Combien votre local vous coûte-t-il réellement ?
Additionnez le loyer, les charges, les assurances, l’entretien et les autres dépenses directement liées au salon.

3. Combien de temps pouvez-vous tenir si rien ne change ?
Regardez votre trésorerie disponible et vos prochaines échéances.

4. Quelle part de votre clientèle est réellement régulière ?
Distinguez les clientes fidèles des rendez-vous ponctuels. Cette donnée devient particulièrement utile si vous envisagez un jour un autre mode d’exercice.

Pour aller plus loin, le calcul du seuil de rentabilité, de la marge réelle et de l’écart entre chiffre d’affaires et rémunération est détaillé dans l’article Rentabilité salon de coiffure.

Ces calculs ne donnent pas la même réponse dans tous les salons.

Chez certaines gérantes, le local absorbe une grande partie de la marge. Chez d’autres, le problème vient surtout de tarifs trop bas, d’une masse salariale devenue trop lourde ou d’un remboursement de prêt qui pèse encore sur la trésorerie.

Le but est de savoir précisément où part l’argent.

À partir de là, vous pouvez distinguer une mauvaise période d’un problème qui revient chaque mois.

Si le local est la cause, ce qui reste possible

Si vos chiffres montrent que le local absorbe une part trop importante de ce que votre activité produit, plusieurs choix peuvent encore être étudiés.

Fermer un salon n’efface pas vos années de métier.

Vous pouvez perdre un local sans perdre votre métier. Ce sont deux choses différentes, même si elles se mélangent facilement quand on a construit son salon pendant des années.

Votre diplôme reste. Votre expérience reste. Votre savoir-faire reste. La réputation que vous avez construite auprès de vos clientes ne disparaît pas avec le bail.

Une partie de votre clientèle peut aussi continuer avec vous dans un autre cadre.

La coiffure à domicile retire notamment plusieurs dépenses liées à un local : loyer, assurance du salon, entretien des installations fixes ou remplacement de certains équipements.

Toutes vos clientes ne vous suivront pas forcément.

Certaines sont attachées au salon lui-même. D’autres vivent trop loin ou préfèrent continuer à se déplacer dans un établissement. Avant toute décision, il faut donc regarder où habitent vos clientes et combien seraient réellement susceptibles de continuer avec vous.

Il faut aussi vérifier si ce changement tient avec vos chiffres.

Dans le modèle étudié par le 1er Club de la Coiffure à Domicile, un cadre salarié présente généralement peu d’intérêt face à la micro-entreprise lorsque le chiffre d’affaires annuel réellement transférable au domicile reste inférieur à environ 30 000 euros.

Ce repère repose sur la méthode utilisée par le Club : chiffre d’affaires transférable, clientes susceptibles de suivre et zone de déplacement.

Il ne constitue pas une règle valable pour toutes les situations. Vos propres chiffres doivent servir de base à la décision.

Si votre salon peut retrouver un équilibre raisonnable, le conserver peut être le choix le plus adapté.

Si les clientes sont là mais que le local absorbe une trop grande part de ce que vous gagnez, exercer autrement peut aussi être étudié.

Le 1er Club de la Coiffure à Domicile travaille sur ce type de passage du salon vers le domicile. L’étude porte sur la clientèle susceptible de suivre, votre secteur géographique et les chiffres réels de votre activité.

L’article Fermer votre salon ne vous oblige pas à arrêter votre métier détaille les étapes concrètes de cette transition.

Pour conclure

Un salon de coiffure en difficulté ne signifie pas forcément que votre métier doit s’arrêter.

Commencez par regarder ce qui se passe réellement : votre trésorerie se reconstitue-t-elle ? Payez-vous encore correctement votre propre travail ? Combien le local absorbe-t-il chaque mois ? Combien de temps pouvez-vous tenir si rien ne change ?

Ces réponses vous diront si vous traversez une mauvaise période ou si votre fonctionnement actuel vous coûte désormais trop cher.

Vous pourrez alors comparer les choix qui existent réellement : corriger certaines dépenses, redresser le salon, engager les démarches adaptées à votre situation ou envisager une autre façon d’exercer.

Si vos chiffres montrent que le local pèse trop lourd, vous pouvez estimer ce que votre activité pourrait vous laisser dans un fonctionnement à domicile.

Simuler ma rémunération sans salon

FAQ : salon de coiffure en difficulté

Un expert-comptable peut-il aider avant que la situation ne s’aggrave ?

Oui. Il peut vous aider à mettre des chiffres précis sur votre trésorerie, vos dettes, vos échéances et la rentabilité réelle du salon.

Il peut aussi vous aider à distinguer une tension temporaire d’une difficulté plus installée et, selon la situation, vous orienter vers les démarches adaptées, comme un mandat ad hoc ou une conciliation.

Quelle est la différence entre redressement judiciaire et liquidation judiciaire ?

Le redressement judiciaire cherche à organiser la poursuite de l’activité lorsque l’entreprise rencontre de graves difficultés, sous le contrôle du tribunal.

La liquidation judiciaire intervient lorsque la poursuite de l’activité n’est plus possible. Elle organise alors l’arrêt de l’entreprise et la réalisation de ses actifs.

Reste-t-on responsable des dettes du salon après une liquidation judiciaire ?

La réponse dépend notamment du statut juridique du salon, de la nature des dettes et des garanties personnelles que vous avez éventuellement signées.

Une caution bancaire personnelle, par exemple, peut avoir des conséquences différentes d’une dette portée uniquement par la société.

Faites vérifier ce point à partir de votre dossier par votre expert-comptable ou un avocat.

Faut-il prévenir ses clientes dès les premiers signes de difficulté ?

Il n’existe pas de moment valable pour toutes les situations.

Si une fermeture ou un changement d’activité devient sérieusement envisagé, anticiper peut vous aider à organiser la suite et à comprendre combien de clientes seraient prêtes à continuer avec vous dans un autre cadre.

Vous n’avez pas besoin d’annoncer une décision avant de l’avoir prise. Commencez par poser vos chiffres et vos options.

Une activité à domicile en micro-entreprise peut-elle aussi être en difficulté ?

Oui.

L’absence de local réduit certaines charges fixes, mais une activité à domicile peut rencontrer d’autres problèmes : trop de kilomètres, une zone peu dense, des tarifs insuffisants, des périodes creuses ou un chiffre d’affaires qui stagne.

Changer de fonctionnement ne dispense donc pas de suivre ses chiffres.

Combien de temps peut durer une procédure de redressement judiciaire ?

La durée varie selon le dossier et les décisions du tribunal.

Une période d’observation peut durer plusieurs mois et être prolongée dans certains cas. Pour connaître les délais applicables à votre situation, référez-vous au tribunal de commerce compétent ou à un professionnel qui connaît votre dossier.

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